Inégalités sociales devant la santé : la double peine des ouvriers
Posté le 22 janvier 2008
Catégorie : Inégalités sociales |
L’Institut national d’études démographiques (INED) vient de publier sur son site (www.ined.fr) un article intitulé La « double peine » des ouvriers : plus d’années d’incapacité au sein d’une vie plus courte (in Population et Sociétés, n°441, janvier 2008). S’appuyant sur l’enquête santé menée en France en 2003, Emmanuelle Cambois, Caroline Laborde et Jean-Marie Robine rappellent non seulement que les ouvriers vivent moins longtemps que les cadres, mais montrent aussi qu’ils sont davantage touchés par l’incapacité et le handicap.
voir l’étude sur le site de l’INED
En 2003, en France, un homme âge de 35 ans peut espérer vivre encore 43 ans, dont 28 indemne de toute incapacité. Une femme : 49 ans, dont 29 sans incapacité. Mais le nombre d’années vécues avec ou sans incapacité varie selon la catégorie socioprofessionnelle : en 2003, un homme cadre de 35 ans peut espérer vivre encore 47 ans, dont 34 indemne de toute incapacité. Un ouvrier : 41 ans, dont 24 ans sans incapacité. Après 60 ans, ces différences s’accentuent. Au sein d’une vie déjà plus courte, les ouvriers vivent moins longtemps que les cadres sans incapacité. Et ils vivent plus longtemps qu’eux avec une incapacité ou un handicap.
Cette étude illustre la difficulté de notre système de soins et de protection sociale à prendre en compte et à résorber les inégalités sociales devant la santé. Or, l’enquête santé de 2003 est naturellement antérieure à loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie, qu’on appelle aussi « réforme Douste Blazy ». Elle ne prend donc pas en compte les différentes tentatives de « responsabilisation » des assurés sociaux instaurés par cette loi, c’est-à-dire de pénalisation des malades issus de milieux modestes (qui ne bénéficient pas tous de la couverture maladie universelle). La création d’une nouvelle franchise de 50 euros par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008 est le dernier avatar de cette politique de « responsabilisation ». Faute par ailleurs de développement des politiques de prévention, il y a par conséquent fort à parier que la situation sanitaire des ouvriers ne s’est pas améliorée depuis 2003.
Télécharger l’étude sur le site de l’INED ![]()
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